Construction durable: aligner l’offre et la demande

jeudi 12 décembre 2019

La lecture des appels d’offres suffit à s’en convaincre: l’économie circulaire y est de plus en plus présente, en attendant le moment où cette présence ne sera même plus remarquée tant elle sera systématique. «Le  Fonds Kirchberg, établissement public sous la tutelle du ministre du Développement durable et des Infrastructures, préconise une nouvelle approche basée sur les principes de l’économie circulaire avec l’objectif de » créer des quartiers diversifiés où il fait bon vivre »», peut-on par exemple lire dans les document du Fonds d’Urbanisation et d’Aménagement du Plateau de Kirchberg.

«Le projet s’appuie sur la récupération des bâtiments existants, avec le moins de démolitions possible, afin de récupérer un maximum de la structure et de limiter les pollutions à travers un processus circulaire de réutilisation» est-il aussi indiqué par le Fonds du Logement pour son projet de 16 logements à Dudelange (Um Bierenger Haff).

Une demande en forte croissance…

Cela vaut aussi pour les projets privés: «Le concept de Wilmotte & Associés répond également à la volonté d’ArcelorMittal de disposer d’un bâtiment durable qui valorise le rôle de l’acier dans l’économie circulaire» lit-on dans l’appel d’offres relatif au nouveau siège du groupe sidérurgique en construction au Kirchberg.

«L’industriel entend développer un concept d’économie circulaire qui s’inscrit dans la philosophie de la ZANO, que les responsables de la Nordstad souhaitent positionner comme une zone industrielle à développement durable» est-il mentionné sur celui du fabricant de tabacs Heintz van Landewyck pour son nouveau site de production au Fridhaff, attendu pour 2022.

Même dans le cadre de l’année culturelle 2022 à Esch-sur-Alzette, il est spécifiquement demandé à ce que toutes les infrastructures qui seront réalisées à cette occasion soient, elles aussi, «circulaires».

«La demande pour la construction circulaire au Luxembourg est en forte croissance», confirme Charles-Albert Florentin, le manager du Luxembourg CleanTech Cluster. Une vaste consultation a été menée auprès de tous les acteurs publics du secteur de la construction (l’Administration des Bâtiments Publics , Agora, le Fonds Belval, le Fonds du Logement, le Fonds Kirchberg et la SNHBM), mais aussi le ministère de l’Économie, le ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du Territoire, le ministère de l’Environnement du Climat et du Développement Durable, la cellule de facilitation urbanisme et construction du ministère de la Digitalisation (la CIPU), Neobuild, l’Institut de formation sectoriel du bâtiment (IFSB) et l’OAI, la Chambre des métiers ou la Fédération des artisans.

Couplée à un travail de recherche du département «Market Intelligence» de Luxinnovation, cette analyse préalable a permis d’identifier une cinquantaine de projets répondant à cette exigence de circularité, représentant une surface d’au moins un demi-million de mètres carrés.

Fin novembre, l’ensemble des résultats de cette consultation a été présenté au cours d’une matinée de workshops organisée chez Luxinnovation.

«Sur la base de ces échanges, nous avons commencé à identifier les besoins prioritaires et les principaux critères de circularité susceptibles d’apparaître dans les appels d’offre publics», résume M. Florentin.

Les discussions se sont volontairement concentrées sur le volet «construction circulaire», autour de la question des matériaux, de la flexibilité et la déconstructibilité des bâtiments et de l’approche «Product-as-a-service». Une liste de besoins a été établie sur la base de la chaîne de valeurs «produits», servant ensuite de base à une transition vers une approche plus circulaire.

… et une offre à développer largement

Quelques lignes directrices ont ainsi pu se dégager au terme de ce workshop: outre la nécessité de se focaliser sur un aspect bien précis de la thématique, pour ne pas risquer de se disperser, il a été question de mise en place de processus de co-création, d’évolution et de simplification de la législation ou encore l’encouragement de la participation citoyenne.

«Il est ressorti une réelle volonté de faire en sorte de développer largement l’offre existante», note M. Florentin.

L’un des principaux points mis en avant est la nécessité d’associer, dès l’extraction dans leur environnement initial, un ‘passeport’ des matériaux. «Cela s’inscrit parfaitement dans la méthodologie BIM (Building Information Modeling, ndlr) qui devient incontournable dans cette optique», note M. Florentin.

Les besoins prioritaires ayant été identifiés, l’étape suivante va consister, dans les prochains mois, à des visites d’entreprises pour confronter la liste de ces besoins avec leur réalité au quotidien et pour évaluer la teneur de leurs projets en cours.

À la suite de quoi, au cours du second semestre 2020, l’écart entre l’offre et la demande sera concrètement quantifié pour aboutir à la mise en œuvre d’actions concrètes auprès des entreprises, avec le soutien des pouvoirs publics.

«L’organisation de ce workshop a permis à l’ensemble des acteurs publics d’échanger directement. C’est par cette approche collaborative que nous parviendrons à des solutions qui éviteront une trop grande distorsion entre l’offre et la demande, au risque de générer des conséquences néfastes sur le marché.»