Dossier "Générations constructives" : Une autre révolution industrielle

mercredi 02 décembre 2020

Neobuild, Pôle d’Innovation Technologique de la Construction Durable, s’intéresse à tous les aspects disrupteurs pour le secteur. Les enjeux de l’industrialisation sont particulièrement à suivre, selon son directeur Francis Schwall. Car le modèle, basé sur une autre conception, une intégration verticale et une collaboration différente entre corps de métiers, tourne déjà.

Neobuild a pour vocation de diffuser l’innovation technologique auprès des professionnels du secteur. Il joue également un rôle de coach en projets innovants. Son directeur, Francis Schwall, rappelle volontiers que Neobuild est un « trait d’union entre l’homme de métier qui a une idée d’innovation durable à mettre en œuvre ou un problème à résoudre et l’industriel qui lui permettra de le faire ». Smart building, biosourcing, efficacité énergétique, bâtiment sain et industrialisation sont des axes majeurs sur lesquels Neobuild travaille.

« La finalité de l’industrialisation est de faire plus avec moins », explique Francis Schwall. « C’est un vrai sujet, car il change le processus de construction ». Comment ? « En utilisant les compétences en plus grandes proportions grâce à la préfabrication d’éléments en atelier qui sont ensuite livrés sur site. S’il ne devait pas perdre une grande partie de son temps à transporter et à manutentionner son matériel, un chauffagiste pourrait installer trois chaudières au lieu d’une en une journée. Nos villes vont se densifier et nous devons nous inspirer des grandes métropoles qui ont déjà implémenté ces techniques. Elles l’ont parfois fait dans l’urgence, face à la nécessité ; nous pouvons encore penser pour atteindre des réalisations encore plus vertueuses et efficientes ».

Les bons choix

Le mouvement est en marche, il faut poser les bons choix. « On ne peut sans doute pas tout faire encore avec des éléments préfabriqués en atelier. Pas une œuvre architecturale emblématique, une Philharmonie par exemple. Mais pour le gros œuvre, le résidentiel, le logement public, l’habitat léger, les quartiers mixtes, les formes d’urbanisation qui recherchent une plus-value sociale et environnementale, les capacités sont grandes et permettent de réduire les coûts en amont. Les métiers de terrain ne disparaissent pas, mais les corps de métier collaborent autrement, avec les techniques spéciales aussi, puisque les éléments préfabriqués peuvent intégrer toutes les fonctions, isolation, électricité, ventilation, etc. Il faut alors trouver un juste milieu, dans la conception et les besoins de coordination, entre la standardisation et les choix de décoration par exemple. Il n’y a pas de révolution, mais une concentration de savoir-faire, parfois artisanaux, dans des unités de fabrication industrialisées ». Cette approche de la construction hors-site peut aller de la préfabrication d’éléments architecturaux - façades, toitures spéciales… - ou d’éléments techniques – sanitaires, système de chauffage, domotique, etc. –, jusqu’au niveau le plus poussé – la PPVC pour Prefabricated Prefinished Volumetric Construction.

Et elle peut s’appuyer sur des concepts d’urbanisation ou architecturaux, comme la construction modulaire ou les éco-quartiers circulaires, pour leur appliquer une démarche de design industriel, de digitalisation…

DfMA, BIM et… automotive

Le concept d’industrialisation est complexe et il évolue. Le DfMA (Design for Manufacturing and Assembly) est un ensemble de règles de conception d’un produit, qui prennent en compte les contraintes de production et d’assemblage, afin de faciliter ces étapes. L’objectif est de réduire les coûts, mais aussi d’améliorer la qualité, dans la standardisation, la normalisation, la modularisation. La technologie - mécanisation, robotisation – y contribue, tout comme le management et l’organisation, dans l’approche Lean (gestion allégée, sans gaspi). Et les systèmes d’information transversale gèrent l’ensemble d’un projet, en particulier la « maquette numérique », façon BIM.

DfMA et BIM sont particulièrement destinés à s’entendre pour déployer le potentiel de l’industrialisation. Le DfMA pousse le processus de la construction plus avant. Les technologies collaboratives du BIM permettent la coordination, le suivi et le reporting.

Au fond, on peut comparer l’industrialisation en construction au secteur « automotive ». Les marques de voitures, sur leurs chaines de montage, mettent en œuvre une série d’éléments, standardisés, « préfabriqués », laissés à des spécialistes – ici les essuie-glaces, là les pneus, ici les composants électroniques de sécurité, là les régulateurs d’injection, etc - chacun assurant à la fois la modélisation, la personnalisation et la R&D.

Accompagner le changement

Dans le secteur du bâtiment, des success story mondiales éclairent cette mise en œuvre de techniques industrielles. L’exemple type est sans doute Katerra, « la Tesla de la construction », imaginée par des ingénieurs de la Silicon Valley : la start-up américaine fondée en 2015 a mis en place un modèle totalement digitalisé de contractant général, une intégration verticale de toutes les phases, conception, production et distribution de matériaux, assemblage en usine des modules préfabriqués, logistique, montage sur chantier, commercialisation…

« On est sur des tendances de fond. Le Luxembourg a tout pour servir de laboratoire. Il a aussi un marché intéressant pour d’éventuels pionniers étrangers. Le message de Neobuild, c’est qu’il faut se préparer à cette vague industrielle. On peut encore se l’approprier. Et nous pouvons accompagner le mouvement. »

Alain Ducat
Photo : Fanny Krackenberger /Katerra

Consulter la source : Infogreen.lu